By Luciana Tuzino

L’agente d’immeuble Regina Filippov connait bien le dilemme des immigrants ayant des enfants brésiliens qui refusent de retourner au Brésil avec leurs parents. Il y a 40 ans, au Canada, Regina a abandonné deux fois l’idée de retourner à sa terre natale pour rester près de sa famille – premièrement à cause des enfants, ensuite pour sa petite-fille.
« Mes enfants, Michael et Sandi, sont nés et ont grandi ici; ils ont été élevés comme des canadiens. Ils ne parlaient pas portugais à l’extérieur de la maison parce qu’ils ne voulaient pas être différents », raconte Regina. Elle a essayé de revenir à Rio de Janeiro quand les enfants ont atteint l’âge scolaire, mais le changement s’est avéré très difficile. De fait, habitués à la sécurité d’un pays du premier monde, les enfants se sentaient comme dans une prison, enfermés à la maison au Brésil. La famille a donc fini par revenir au Canada et s’est établie à Toronto.
Curieusement, Michael et Sandi, maintenant âgés de 38 et 35 ans, ont développé un grand intérêt pour la culture brésilienne. Michael fait partie d’un groupe de samba à Toronto et Sandi est allée visiter Rio de Janeiro il y a de cela dix ans et n’est jamais revenue. « Elle est tombée en amour avec la ville », affirme Regina.
Son fils étant bien établi au Canada et sa fille vivant au Brésil, Regina se préparait enfin à réaliser son vieux rêve de retourner dans son pays natal lorsque sa première petite-fille est née. « Encore une fois, j’ai décidé de défaire mes valises et de rester. Je ne regrette rien, ma petite-fille m’apporte beaucoup de joie ».
Par amour pour sa petite-fille Sofia, Regina a dû affronter l’hiver canadien rigoureux. « Vous pouvez vivre 20 ou 40 ans ici et ne jamais vous habituer à des températures aussi basses. À chaque année, l’hiver parait encore plus long », confie-t-elle. La solution a alors été de ‘couper la poire en deux’ en voyageant au Brésil tous les ans durant l’hiver canadien… et d’amener sa petite-fille avec elle! Sofia, 3 ans, a célébré son premier anniversaire au Brésil et ouvre bien grands ses yeux en amande lorsqu’on discute d’un prochain voyage au pays tropical, lequel, par ailleurs, viendra sous peu. Les parents de Sofia, Michael et son épouse canadienne, Elida, ne parlent qu’en anglais, la langue adoptée par Sofia. Mais lorsqu’on demande à cette dernière si elle comprend le portugais, elle répond rapidement que « oui » (sim) dans la langue de sa grand-mère.
Regina rapporte que Sofia connait bien la culture brésilienne : son plat préféré est le riz avec des fèves noires et de la farofa, et, lorsqu’elle entend la samba, elle s’empresse d’aller danser au beau milieu du salon. Tout indique que, bien qu’elle se sente chez elle au Canada, la deuxième génération de la famille de Regina porte aussi le Brésil très près du cœur. Durant l’entrevue, Regina a demandé à sa petite-fille si elle était canadienne. Sofia a répondu avec un sourire : « Je suis brésilienne » (I am Brazilian! ).


























