Entretien avec Rosana Barbosa. Professeur et écrivain brésilien à Halifax

Rosana Barbosa é professora de História na Saint Mary’s University em Halifax e, além de ter vários artigos publicados, é autora de dois livros: Brazil and Canada: Economic, Political, and Migratory Ties, 1820s to 1970s, e Immigration and Xenophobi: Portuguese Immigrants in Early Nineteenth Century Rio de Janeiro. Rosana tem uma carreira de sucesso na área acadêmica. Antes de aceitar o convite para lecionar em Halifax, a brasileira deu aulas na Universidade de Toronto, Guelph, Brock e no Glendon College da Universidade de York.

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Rosana Barbosa est une professeure d’histoire agrégée enseignant à l’Université de Saint Mary à Halifax. Elle est également l’auteur de plusieurs articles publiés ainsi que de deux livres: Économie, Politique et Liens Migratoires, des années 1820 aux années 1970, ainsi que Immigration et Xénophobie: Les Immigrants Portuguais à Rio de Janeiro durant le début des années 1990. Rosana possède une carrière académique couronnée de succès. Avant qu’elle n’accepte de commencer à travailler à Halifax, cette jeune femme brésilienne avait déjà enseigné à l’Université de Toronto, de Guelph, de Brock, ainsi que dans le Glendon College de l’Université de York.

Rosana Barbosa.

Wave – Plus de trente années se sont écoulées depuis votre arrivée, quels sont les changements qui se sont produits au sein de la communauté brésilienne?

Rosana – Beaucoup de choses ont changé, et ce, grâce au nombre important de Brésiliens qu’il est possible de rencontrer un peu partout au Canada, et pas seulement dans les villes majeures telles que Toronto, Montréal ou Vancouver. J’ai déjà rencontré des immigrés brésiliens à Winnipeg, à Saint John’s (NB), au Québec, à Ottawa, etc. Dans mon cas, j’habite à Halifax, où la croissance de la présence brésilienne est nettement ressentie, et ce, particulièrement dans des zones balnéaires qui entourent la ville. D’ailleurs, “ quelles sont les meilleures plages à Nova Scotia? ” est une question primordiale qu’on peut souvent entendre au sein de la communauté brésilienne.

Il est important de souligner que cette communauté n’est pas uniquement constituée de personnes résidentes, mais également de touristes et d’étudiants. De nos jours, le Canada est devenue une destination touristique et l’un des endroits préférés des étudiants qui souhaitent améliorer leur niveau d’Anglais ou de Français, ou encore de compléter leurs études dans des universités.

La ségrégation qui dominait pendant la fin des années 1980 n’existe désormais plus, et ce, grâce à la présence dominante de la population brésilienne. En général, certains aspects sociaux tels que la nourriture, les émissions télé, les journaux, sont plus faciles d’accès au Brésil. Je me souviens de quand je me rendais à la bibliothèque de Metro Reference à Toronto afin d’accéder au magazine Veja et de me renseigner sur l’actualité au Brésil, et ce, une fois par mois seulement.

Le mal du pays était un problème sévère, car les appels téléphoniques coûtaient très chèrs et le temps d’acheminement des lettres ne durait pas moins de deux semaines.

Par ailleurs, vers la fin des années 1980, le Canada était souvent considéré comme une voie de migration principale vers les États-Unis, ou encore comme une destination secondaire pour les personnes qui n’arrivaient pas à obtenir un permis de séjour américain. Tout le pays était devenu attrayant de part ses villes sécurisées et la qualité des services de santé ainsi que la qualité de l’éducation publique.

Wave – Vous avez réalisé de nombreux projets concernant l’immigration brésilienne au Canada.Quels sont les principaux résultats de vos dernières études?

Rosana – À vrai dire, le sujet de l’immigration brésilienne au Canada n’a jamais été prédominant dans mon travail. J’ai fait une recherche vers la fin de notre siècle, et j’ai remarqué que ce sujet était invisible au niveau des bases de données du Brésil et du Canada. L’immigration est un thème qui a toujours été présent au sein de mes ouvrages, mais je l’ai plus mis en relation avec le cas du Brésil durant le dix-neuvième siècle.

L’un de mes travaux les plus récents est en relation avec les liens historiques qui ont existé entre le Brésil et le Canada – montrant que ces deux pays étaient historiquement attachés de diverses manières: d’une part grâce au commerce de morue et à l’implantation de la société Light à Sao Paulo et à Rio de Janeiro, d’autre part à travers l’immigration, à savoir qu’il y a eu deux cas d’immigration canadienne majeurs vers le Brésil pendant l’histoire: d’abord vers Benevides, Pará en 1876 puis vers les fermes de café à Sao Paulo en 1896.

Wave – À votre avis, que pensent les Canadiens à propos du Brésil et des Brésiliens ?

Rosana – Je pense que les Brésiliens sont bien vus par les Canadiens. Les choses sont devenues plus faciles grâce à notre bonne relation amicale et dû au fait que la majorité des immigrés brésiliens avaient un bon niveau scolaire et provenaient de zones urbaines. Cela leur a notamment permis de mieux s’intégrer au sein de la société canadienne, non pas parce qu’ils méritaient un traitement privilégié, mais plutôt car les différences socio-culturelles étaient moins en relation avec la population canadienne. En ce qui concerne le Brésil, je pense que la population est très curieuse sans être suffisamment informée pour autant. Pour les Canadiens, le Brésil rime avec la chaleur, les carnavals et le football, mais la plupart d’entre eux ne savent pas grand chose à propos de notre pays.

Wave – Le Canada est l’une des destinations les plus prisées par les Brésiliens qui souhaitent étudier à l’étranger ou immigrer. Avez-vous un message à adresser à ces personnes-là?

Rosana – Je pense qu’il est fondamental de se monter persévérant tout en ayant un but – même si le fait d’investir dans une meilleure éducation ou tout autre investissement personnel vous oblige à vivre d’une manière plus modeste. Il existe des difficultés partout, cependant, si vous êtes sûr (ou presque sûr) de ce que vous voulez accomplir, cela vaut la peine de se battre jusqu’au bout.

Je suis la première personne à avoir fait un Doctorat dans ma famille – mes deux grands-parents étaient quasimént analphabètes, mais j’ai tout de même persisté jusqu’à avoir accompli quelque chose de gratifiant.

Ce que j’essaye de dire est qu’il est possible d’atteindre son but – quel qu’il soit -, même s’il ne s’agit que d’offrir une vie plus paisible, plus sécurisée et de meilleures opportunités à nos enfants, et ce, malgré le fait que les conditions ne semblent pas très favorables. Dans un monde aussi polarisé, où la dépression est si courante, nous devons privilégier notre bien-être. Grâce à la paix et à la tranquillité, tout finit bien par se diriger vers la bonne direction, n’est-ce pas?

 



 « Ce projet a été rendu possible en partie grâce au gouvernement du Canada ».