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L’annĂ©e scolaire tirait Ă sa fin pour Mme Thomas et sa classe de 6ième. Maintenir l’ordre en classe Ă©tait un vrai dĂ©fi pour l’enseignante. L’excitation des vacances d’Ă©tĂ© grandissait de jour en jour.
Pourtant, derrière les bavardages, Mme Thomas percevait une certaine agitation. Ces enfants Ă©taient maintenant assez grands pour ĂŞtre conscients de ce qui se passait dans le monde. Impossible de rester insensible aux nouvelles, qu’elles soient internationales ou locales. Guerre. Changement climatique. Droits de douane. PauvretĂ©. « Pourquoi tout le monde est-il si fâchĂ© ? »
L’enseignante a dĂ©cidĂ© de s’attaquer de front Ă certains de ces problèmes. Mais au lieu de se concentrer sur les sujets prĂ©occupants, elle a encouragĂ© ses Ă©lèves Ă rĂ©flĂ©chir Ă des solutions. Elle leur a demandĂ© d’agir positivement. « Qu’est-ce qu’on peut tous faire, Ă notre Ă©chelle, pour amĂ©liorer le monde dans lequel on vit ? Pour protĂ©ger notre pays, notre communautĂ© et nos familles ? » Elle leur a ensuite suggĂ©rĂ© d’Ă©crire sur leurs dĂ©couvertes et leurs expĂ©riences afin de les partager avec la classe, comme premier devoir Ă la rentrĂ©e.
En septembre, les enfants ont relevé le défi. Voici leurs histoires :
Comment pousse votre jardin ?
Par Gretchen, 10 ans
J’ai beaucoup rĂ©flĂ©chi aux leçons de Mme Thomas. C’est vrai qu’il y a beaucoup de problèmes dans le monde aujourd’hui. Tout le monde parle beaucoup, comme les politiciens quand ils essaient de gagner les votes de papa et maman. Mais oĂą sont les solutions que ma maĂ®tresse veut qu’on trouve ? C’est facile de dire « recyclez plus » ou « ne jetez pas vos dĂ©chets n’importe oĂą », mais ça devrait ĂŞtre presque automatique maintenant. Franchement, je ne comprends pas comment certaines personnes peuvent passer devant une poubelle sans s’arrĂŞter et jeter l’emballage de leur Big Mac par terre. Pfff !
Au dĂ©but, je me sentais impuissante. Après tout, j’ai dix ans. Je ne conduis pas, je n’ai pas d’usine et je n’ai certainement pas le pouvoir d’arrĂŞter le changement climatique. La plus grande dĂ©cision que je prends la plupart des jours, c’est de savoir si je vais manger mon croque-monsieur avec ou sans ketchup. Et j’ai de la chance. Certaines personnes doivent choisir entre manger et payer leur loyer, ce qui est un choix vraiment triste. J’ai sincèrement pitiĂ© de ces gens. Ce sont eux qui me poussent Ă rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement pour trouver une solution.
Et puis, il s’est passĂ© quelque chose. Quelque chose de dĂ©licieux.
Un jour, mes parents m’ont amenĂ© dans un resto « de la ferme Ă l’assiette ». Je ne savais pas ce que ça signifiait. J’imaginais une sorte de foire scientifique avec des fermes miniatures. L’idĂ©e me semblait bizarre, mais aussi plutĂ´t chouette. Surtout si, Ă la fin, on pouvait goĂ»ter aux crĂ©ations !
Le resto Ă©tait ben agrĂ©able. Il n’y avait aucun animal de la ferme, mĂŞme pas de miniatures. Mais en lisant le menu, j’ai commencĂ© Ă comprendre. Il Ă©tait indiquĂ© que les carottes provenaient de la ferme « Terrains du sol », le poulet de « Poulailler heureux » et les fraises de « Vergers dorĂ©s ». Que des fermes locales ! La plupart des aliments Ă©taient donc fraĂ®chement cueillis… certains le matin mĂŞme !
Je n’y avais jamais vraiment pensĂ© auparavant. Comment une pomme d’un pays lointain pouvait-elle ĂŞtre aussi bonne qu’une pomme cultivĂ©e ici ? Quels produits chimiques Ă©taient utilisĂ©s pour la garder fraĂ®che ? Et combien ça coĂ»te de tout livrer ? Ma mère refuse que j’achète quoi que ce soit en ligne s’il y a des frais de port. Et puis, quelle quantitĂ© d’essence est consommĂ©e pour tous ces trajets ? J’Ă©tais complètement dĂ©boussolĂ©e.
La bouffe Ă©tait dĂ©licieuse. Les carottes Ă©taient tellement sucrĂ©es que je n’avais mĂŞme pas besoin de sauce ranch. Pareil pour les pĂ©pites de poulet. En mâchant, je me suis demandĂ© si ma solution ne devrait pas concerner l’alimentation. C’est un besoin fondamental, et si on peut amĂ©liorer la situation pour la planète, c’est vraiment important.
Vers la fin du repas, la proprio du resto est venue nous demander notre avis. On lui a dit que tout Ă©tait dĂ©licieux et elle Ă©tait ravie. Je lui ai demandĂ© comment lui Ă©tait venue l’idĂ©e d’ouvrir ce restaurant. Elle a ri et m’a dit que ce n’Ă©tait pas son idĂ©e ; c’est un concept très rĂ©pandu. Mais elle a toujours Ă©tĂ© passionnĂ©e par le jardinage et la crĂ©ation de recettes. Est-ce que je voulais une petite visite de son jardin potager sur le toit ? Bien sĂ»r que oui ! Grâce Ă son inspiration et aux nombreux encouragements de maman et papa, j’ai dĂ©cidĂ© de consacrer l’Ă©tĂ© Ă la crĂ©ation d’un jardin communautaire. Mission accomplie. Planète sauvĂ©e. J’avais hâte de commencer.
Sauf que… pas si vite.
Par oĂą commencer ? Dans ma tĂŞte, mon magnifique jardin trĂ´nait sur notre pelouse, Ă la vue de tous. « Oh lĂ lĂ ! » s’exclama maman. « Pas question ! » Alors, oĂą donc ? Qui nous aiderait ? Et comment acheter tout ce qu’il faut ?
Papa m’a dit qu’il Ă©tait fier de moi. Je rĂ©flĂ©chissais calmement et avec logique. « Chaque projet a besoin d’un plan », dit-il en me tendant son iPad. « Je suis lĂ pour t’aider. »
Premier point sur notre liste : le marketing. Nous avons rĂ©digĂ© une proposition pour dĂ©crire mon projet, ses avantages et l’intĂ©rĂŞt qu’il susciterait. C’est ce qui nous permettrait d’attirer l’attention. J’ai créé une petite affiche avec une grosse tomate souriante. « Vous voulez aider un enfant Ă crĂ©er un jardin potager ? » pouvait-on y lire.
Le deuxième point Ă©tait plus compliquĂ©. OĂą donc ? Il s’avère qu’on ne peut pas simplement retourner la pelouse de quelqu’un. Ne pas se mettre Ă planter n’importe quoi dans un parc. Il y a des règles. Il y a des zones. Les terrains vagues appartiennent Ă quelqu’un. Les jardins ont besoin de beaucoup d’eau, il nous fallait donc un endroit avec un point d’eau – ou un très long boyau d’arrosage.
On a mis ça de cĂ´tĂ© pour s’attaquer au prochain point : l’argent. On avait une longue liste de choses dont on aurait besoin. Mon père et moi avons apportĂ© une de mes affiches chez Home Hardware. La responsable a dit qu’elle allait voir comment elle pouvait nous aider avec un parrainage. Puis elle nous a donnĂ© 20 sachets de graines. Elle a dit que c’Ă©tait sa contribution personnelle… quelle aubaine !
J’ai appelĂ© mon ami qui avait utilisĂ© le site GoFundMe pour amasser des fonds pour son projet. Il m’a aidĂ© Ă le mettre en place, parce qu’il avait de l’expĂ©rience. « Chacun son expĂ©rience », a-t-il dit. GĂ©nial.
Et puis, un autre coup de chance. Ă€ la pĂ©pinière du coin (oĂą nous avons eu des semis gratuits !), j’ai rencontrĂ© Mme Thomas. Elle a Ă©tĂ© très impressionnĂ©e par mon projet et a eu une excellente idĂ©e. Il y avait un coin, tout au fond du terrain de l’Ă©cole, qui Ă©tait autrefois un jardin fleuri. Si on enlevait toutes les mauvaises herbes et qu’on amĂ©liorait la terre, ce serait parfait.
Du coup, il ne nous manquait plus que des bĂ©nĂ©voles. Les affiches ont vraiment Ă©tĂ© utiles. Mme Patel, qui habite un peu plus loin, adore jardiner. M. Chan a des outils et sait bricoler. Mon chum Jake dĂ©borde d’Ă©nergie. Maggie, du resto, est venue plusieurs fois nous donner des conseils. MĂŞme Mme Thomas a enfilĂ© une salopette et a passĂ© des heures Ă tailler et Ă planter des tuteurs. Ma mère Ă©tait lĂ pour superviser et s’assurer que je ne mette pas le feu Ă quoi que ce soit.
Voici une chose que j’ai apprise sur le jardinage : c’est interminable. Ça nous a pris une Ă©ternitĂ© avant de voir apparaĂ®tre les premières pousses. Et c’est beaucoup de travail. MalgrĂ© les insectes et les Ă©cureuils, on a rĂ©ussi Ă rĂ©colter suffisamment de petits pois, d’Ă©pinards, de concombres, d’oignons verts, de tomates cerises et de courges pour plusieurs livraisons Ă la banque alimentaire. Et le plus beau lĂ -dedans ? Ce jardin est fait pour durer. MĂŞme après mon retour Ă l’Ă©cole, l’Ă©quipe prĂ©voit de le maintenir l’annĂ©e prochaine. C’est comme si on avait semĂ© une idĂ©e en mĂŞme temps que les graines.


























