Elizabeth Schulz, psychologue brésilienne au Canada

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Elizabeth Schulz, sychologue brésilienne au Canada.

Née à Rio de Janeiro, la psychologue carioca Elizabeth Schulz a quitté le Brésil en 1988 pour Montréal. Diplômée de l’Université Pontificale Catholique (PUC) et titulaire d’un diplôme de troisième cycle de l’université Getúlio Vargas de Rio, Schulz a voulu poursuivre sa carrière professionnelle au Canada. Elle étudia à l’université McGill qu’elle acheva avec un diplôme en assistance sociale. Elle a dû relever de grands défis pour apprendre le français et l’anglais et a même envisagé d’abandonner sa carrière.

Persévérante, Schulz décrocha son premier emploi de psychologue à la Clinique Luso, où elle s’occupait de la communauté portugaise de Montréal. Par la suite, sa carrière décolla et elle travailla en tant qu’assistante sociale et psychologue dans des établissements de santé et des hôpitaux publics. Aujourd’hui, Mme Schulz est membre de l’Ordre des psychologues du Québec. Lisez l’interview qu’elle accorde à l’équipe de Wave et découvrez un peu plus le monde de la psychologie.

Wave – Quelles sont vos activités du moment ?

Schulz – Aujourd’hui, je travaille au Centre médical Richardson, un centre de réadaptation critique à Montréal. Je m’occupe de personnes qui, par exemple, après une crise cérébrale, ne peuvent pas parler, lire ou bouger et ont besoin d’un soutien psychologique. Ce service concerne également leurs familles, qui ont besoin d’accompagnement pour faire face à des situations frustrantes. Je reçois également des clients dans mon cabinet privé.

Wave – Selon vous, quelle est la mission professionnelle d’un psychologue ?

Schulz – Je pense que la mission d’un psychologue est d’aider les gens à devenir ce qu’ils désirent être. C’est d’aider les personnes à trouver le bonheur en eux-mêmes. C’est les aider à se découvrir et à s’accepter tels qu’ils sont. C’est aider les gens à être loyaux envers ce qu’ils sont.

Wave – Quelles sont les difficultés les plus courantes pour un psychologue brésilien lorsqu’il exerce cette profession au Canada ?

Schulz – Au Brésil, lorsque vous obtenez votre diplôme après cinq ans de scolarité, comme professionnel, vous pouvez alors être accepté au Conseil régional de psychologie, même si la majorité suit des cours de spécialisation après cette période. Ici, au Canada, vous devez avoir votre doctorat, qui représente environ sept ans d’études, pour être accepté par l’Ordre des psychologues de votre province.

Wave – En ce qui concerne la carrière en psychologie, y a-t-il aujourd’hui plus que des possibilités cliniques ?

Schulz – Oui, sans aucun doute. Aujourd’hui, le professionnel dispose d’un vaste marché de l’emploi. Il peut travailler dans les hôpitaux, les universités, les ressources humaines, etc.

Wave – Quelle est la différence entre la psychanalyse et la psychothérapie ?

Schulz – Au Brésil, beaucoup de personnes disent : “Je fais de l’analyse”. L’analyse provient de la psychanalyse, de la théorie psychanalytique Freudienne. Il s’agit bien sûr d’un traitement psychologique, mais son objectif est très différent de ce que je fais. Je ne suis pas un psychanalyste, je suis un psychothérapeute. La psychanalyse se concentre beaucoup sur le passé, sur les événements qui ont eu lieu pendant l’enfance. Ma méthode psychothérapique est basée sur le Comportement Cognitif. Je me concentre sur le présent et le comportement actuel. La thérapie cognitive vous aide à apprendre à penser différemment afin d’améliorer votre comportement.

Wave – Pensez-vous que les gens, en général, savent ce que c’est que la psychologie ?

Schulz – Je pense que les gens aujourd’hui, en savent plus sur la psychologie qu’il y a quelques années. D’un point de vue psychologique, les femmes l’acceptent beaucoup plus facilement. Elles aiment partager leurs problèmes. Les hommes ont plus de difficultés à exprimer leurs sentiments et ont le sentiment que s’ils parlent à quelqu’un, cela pourrait compliquer encore plus leur situation. En général, les patients arrivent au cabinet avec un problème spécifique à résoudre. Dans la plupart des cas, ils disent qu’ils ne sont pas heureux et ne savent pas pourquoi. Par exemple : “J’aime mon mari, mais je ne suis pas heureuse dans mon mariage”.

Wave – Quels sont les principaux problèmes psychologiques auxquels les immigrants brésiliens sont confrontés, en raison du changement de culture ?

Schulz – C’est exactement le thème de ma conférence ici à Montréal : l’immigration et l’identité. Le sentiment que l’on ressent en arrivant dans un autre pays peut être difficile. Nous avons tous eu un passé avant d’arriver ici. Comment vous souvenez-vous chaque jour, le matin, que vous êtes médecin, par exemple ? Grâce aux personnes qui vous connaissent et vous appellent “docteur”. Surtout pour les personnes qui ont eu une solide éducation dans leur pays d’origine, et qui après avoir immigré, ne pouvaient pas travailler tout de suite, cela affecte une partie de leur identité, parce que vous perdez la reconnaissance. Les personnes qui nous entourent sont un miroir, ils nous rappellent qui nous sommes ! Mais pour répondre à votre question, les trois problèmes les plus fréquents sont l’anxiété, la peur et la dépression. Une personne très anxieuse peut développer une dépression.

Wave – Nous vivons à une époque où la présence réelle d’une personne est remplacée par des machines, comme dans la communication sur Internet et même aux guichets automatiques. De quelle manière, ce manque de contact humain interfère-t-il dans nos relations ?

Schulz – Il est clair que de nombreuses personnes font un mauvais usage de la technologie. Je pense que l’exemple doit venir avant tout des parents. Si votre fils ne pense qu’à jouer à des jeux vidéo et à chatter sur Internet, pourquoi ne pas éteindre la télévision et programmer une sortie en famille en faisant du vélo dans le parc ? Il ne suffit pas de demander à l’enfant d’éteindre l’ordinateur. C’est aux parents de créer une routine familiale saine, qui inclut des activités en plein air. Par conséquent, je pense que les humains ont besoin de contacts personnels ; ils ont besoin d’aller à une fête, d’aller au cinéma. Malheureusement, l’utilisation abusive de la technologie peut interférer avec la vie réelle et limiter les relations.

Wave – Vous consultez des clients dans votre cabinet et aussi en ligne, via Skype. Pourquoi aviez-vous commencé à consulter des clients de cette façon et comment cela fonctionne-t-il ?

Schulz – Consulter des clients via Skype a été le fruit du hasard. Je n’ai jamais eu l’intention de faire cela. Ce qui s’est passé, c’est que certains de mes clients déménageaient du Québec vers d’autres provinces, principalement vers l’Ontario. D’autres retournaient au Brésil. Aucun d’entre eux ne voulait arrêter la psychothérapie, parce que nous avions déjà une histoire ensemble. J’ai d’abord commencé par des rendez-vous au téléphone, avant que ce merveilleux outil appelé Skype n’apparaisse. Je trouve cela étonnant, la mobilité que la technologie procure.

Wave – Selon vous, comment est-il possible de mesurer le résultat d’un traitement en ligne ? Comment savez-vous si le résultat est réellement positif ?

Schulz – De la même manière que je mesure les résultats d’une thérapie conventionnelle. Par la communication et le comportement de la personne lors de chaque séance suivante. Je pose diverses questions, en fonction du traitement, et je peux ensuite évaluer l’évolution en fonction des réponses des clients.

Wave – Quels sont les avantages que la psychologie peut apporter aux êtres humains ?

Schulz – Je crois fermement que la psychologie est une information. C’est une façon de savoir ce qui se passe physiquement dans notre corps, lorsque notre esprit n’est pas bien. Si une personne n’est pas bien avec elle-même, la psychologie est la solution.

Wave – Comment détectez-vous le meilleur moment pour chercher une aide professionnelle ?

Schulz – Je pense que chacun détermine son propre moment. Je crois que chacun connaît sa propre douleur et sa propre souffrance. Les principaux symptômes d’une personne qui perd le contrôle d’elle-même sont les suivants : elle commence à trop manger, ou ne mange rien ; elle pleure beaucoup, elle évite de sortir de la maison pour ne pas avoir à faire face à des difficultés ou à parler une autre langue. Chercher de l’aide professionnelle, c’est sûrement choisir un chemin qui comporte le moins de souffrance, afin de trouver une solution. La thérapie a un prix, mais je crois que c’est un investissement personnel ; pour l’avenir et pour une vie plus saine. De plus, aujourd’hui, les compagnies d’assurance en général offrent le remboursement d’une partie des frais, lorsque le psychologue est membre de l’ordre professionnel des psychologues. 

Wave – Quels sont vos conseils pour choisir un psychologue ?

Schulz – Je trouve que le choix d’un psychologue est très important. Si la personne ne veut pas faire de thérapie en ligne, elle peut chercher un professionnel dans sa ville, par le biais du registre canadien des psychologues. Le site du registre canadien des prestataires de services de santé en psychologie est le suivant : www.crhspp.ca. Croyez-moi, parler à un psychologue de ce qui vous arrive vous facilitera la vie !


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